Il avait plu toute la nuit. Quand on arrive sur le circuit, le terrain a pris l'eau de partout et il ne reste pas une ligne propre. Pour une première course, difficile de rêver pire. Ou mieux, selon la façon dont on le prend.

Huit heures quinze, les essais dans la boue
Essais à huit heures quinze. De la boue partout, des ornières qui se creusent à chaque passage, des roues qui partent sans prévenir. Je regarde rouler les meilleurs du plateau, et ils sont en galère eux aussi. Ça remet les choses à leur place : si ceux qui roulent depuis vingt ans ont du mal, je vais arrêter de me demander si j'ai le niveau et je vais simplement rouler.
Ce matin-là, j'apprends surtout tout ce que personne ne raconte. Où se garer, où présenter la licence, comment se passe le contrôle technique, combien de temps il faut pour être prêt. Je découvre le métier de pilote en même temps que le circuit.

Manche 1, le stress coûte plus cher que l'effort
Je pars bien. Vraiment bien. Le départ est propre, je suis dans le paquet, et pendant quelques centaines de mètres j'ai l'impression d'être exactement à ma place.
Puis la fatigue arrive, et elle arrive vite. Pas celle des jambes, celle du stress. Je serre le guidon, je respire mal, je suis en tension permanente, et une tension permanente, ça vide un moteur en quelques minutes. C'est très exactement ce que j'étudie en formation et que j'explique aux autres. Le vivre soi-même, sur une moto, un dimanche matin, c'est une autre affaire.
Et puis quelque chose se débloque. Je prends confiance, je cesse de subir le tracé, je commence à choisir mes lignes. Je finis la manche en profitant à fond. Ce n'est pas une formule : j'ai vraiment profité, et je suis rentré au stand avec le sourire.
Le motocross ne demande pas seulement d'être en forme. Il demande d'être en forme en restant relâché, et c'est cette deuxième partie que personne ne t'apprend depuis le bord de la piste.

Manche 2, bloqué sur la ligne, puis la chute
Deuxième manche, et cette fois tout se joue avant même le premier virage. Je reste bloqué sur la ligne de départ. Le paquet part sans moi. Quand je m'élance enfin, je suis très loin derrière, avec toute la course à remonter.
Sauf que le terrain a séché. Et là, je découvre autre chose : je roule beaucoup mieux. Les appuis tiennent, les trajectoires se dessinent, je commence à dépasser. Je me retrouve à batailler avec deux autres pilotes, roue dans roue, pendant plusieurs tours. C'est le meilleur moment de ma journée. C'est là que j'ai appris le plus, parce qu'on n'apprend pas à se battre pour une place en roulant seul.
Puis un pilote m'accroche et je tombe. Le temps de relever la moto, de remonter dessus et de repartir, je suis de nouveau très loin. Je termine la manche fatigué, sale, et heureux d'être allé au bout.



La finale annulée, et ce qui reste
La finale consolation a été annulée. Dommage, j'aurais voulu rouler encore, surtout sur un terrain qui continuait de sécher et sur lequel je progressais à chaque tour. C'est la frustration de la journée, et elle est plutôt bon signe : j'ai fini deux manches, et ma première réaction a été de vouloir en faire une troisième.
Le classement de cette journée n'a aucun intérêt et je ne le publierai pas comme un résultat. Ce qui compte tient en quatre points, et ils sont maintenant dans mon plan d'entraînement.
Le départ, d'abord. Rester bloqué sur la ligne coûte une course entière. Ça se travaille et ça se répète, comme un lancer franc au basket. Dix départs par séance de roulage jusqu'à ce que l'embrayage devienne une évidence.
Le relâchement, ensuite. Ma fatigue de la première manche venait de la crispation, pas du cardio. Donc respiration, routine avant la grille, et travail de préhension pour que les mains tiennent sans serrer.
Le temps de selle, toujours. Le sec m'a montré que je roule correctement dès que je suis en confiance. Ce qui me manque n'est pas le moteur physique, ce sont les heures.
La bagarre, enfin. Les dix minutes passées à me battre avec ces deux pilotes valent plus que dix tours d'entraînement solitaire. Il me faut des courses, pas seulement des séances.
Je repars de Wingles avec de la boue partout, une chute, une finale annulée et une certitude. Le Touquet est passé de l'idée à une distance mesurable. Reste à la couvrir.
Écrit par Baptiste Ciesielski, pilote de la team ZERO TO RIDE.

