La lettre
Baptiste Ciesielski, septembre 2026
Chez nous, le dernier week-end de janvier n'a jamais été un week-end comme les autres. La famille se retrouvait dans la maison et on regardait la même chose : mille motos lâchées sur une plage, du sable partout, des pilotes qui finissaient à pied en poussant leur machine. L'Enduropale, c'était le rendez-vous.
En 2005, mon père a pris le départ.
Je ne m'en souviens pas, j'étais trop petit. J'ai grandi avec l'histoire, racontée à table, et avec les images. Pendant des années, ça a été ça pour moi : une chose que quelqu'un de la famille avait faite, avant moi, et que je regardais à la télévision.
J'ai fait du basket. Beaucoup. Les séances avant les cours, celles d'après, les étés seul dans une salle vide, puis deux ans aux États-Unis en sport et études. J'y ai découvert ce qui se passe derrière la performance : la préparation physique, la force, la récupération, la façon dont on construit un athlète avant de lui demander un résultat.
Aujourd'hui j'en fais ma formation. BPJEPS Préparation Physique et métiers de la forme. Lundi et mardi au CREPS de Wattignies, le reste de la semaine sur le terrain, dans un club. J'apprends à préparer les autres.
Et entre les deux, je m'applique à moi-même exactement ce qu'on m'apprend.
Parce que pendant tout ce temps, la même date revenait chaque année. Cette année, j'ai arrêté de la regarder.
Ma première course de motocross s'est courue à Wingles, en 2026. Débutant, au milieu de types qui roulent depuis leurs six ans. Je n'étais plus celui qui sait ce qu'il fait, j'étais celui qui apprend devant tout le monde. Sur la grille, j'ai compris deux choses. La première, c'est le retard que j'ai. La seconde, c'est que je sais exactement comment on rattrape un retard, parce que c'est précisément ce que je suis en train d'apprendre.
Alors j'ai posé une date : janvier 2027, l'Enduropale du Touquet. Et un objectif qui tient en trois mots : finir la course.
Je ne vais pas la gagner, et je ne vais pas faire semblant du contraire. Sur cette épreuve, la majorité du plateau ne voit jamais l'arrivée. Je m'entraîne dans les conditions d'un sportif de haut niveau : pilotage, physique, mindset, nutrition, récupération, chaque semaine, encadré par des gens dont c'est le métier. Et je publie tout, y compris les semaines où ça ne marche pas.
Je le fais pour une raison simple. Il y a des jeunes qui pensent qu'ils ont commencé trop tard, qu'ils n'ont pas le bon parcours, pas les bons moyens, pas le bon niveau. Je vais montrer, en public et avec des chiffres, ce que produisent cinq mois de travail sérieux sur quelqu'un qui partait de zéro. Si ça marche, personne ne pourra dire que c'était impossible. Si ça ne marche pas, on saura exactement pourquoi, et ça servira quand même.
Aux entreprises qui liront cette page : je ne demande pas qu'on m'aide. Je propose une place dans une histoire qui va se raconter pendant cinq mois, et je m'engage à ce que vous n'ayez jamais à regretter d'y avoir mis votre nom.
Le dernier week-end de janvier, il y aura à nouveau du monde dans la maison familiale devant l'écran.
Cette fois, je ne serai pas devant.
